Mozart/Haydn — lieder

À propos des lieder de Mozart

Le lied s’est vu attribuer une modeste place dans l’œuvre de Mozart. Mozart a toutefois beaucoup écrit pour la voix ; il suffit de penser aux magnifiques arias qu’il a écrits pour, entre autres, Aloysia, sœur de son épouse Constanze, et à ses nombreux opéras.

Dans le contexte de la riche histoire du chant artistique européen, le rôle de Mozart doit, en ce qui concerne le nombre de lieder composés, être qualifié de peu significatif. Ses contemporains allemands C.P.E. Bach, C.F. Zelter, J.F. Reichardt, J.A.P. Schulz, etc. se sont pourtant pleinement consacrés à cette forme musicale.

Tout comme ses contemporains, le compositeur travaillait en étroite collaboration avec des poètes de premier plan. Il arrivait toutefois à Mozart de modifier les libretti pour ses opéras, ce qui avait pour effet d’irriter bien des librettistes.

La situation s’explique probablement en grande partie par l’influence italienne qui régnait à Vienne à l’époque. Le public d’alors était en effet complètement charmé par les splendides et radieuses mélodies d’opéra et la charmante et légère musique instrumentale que leur servaient les Viennois italiens. Le « chant populaire » était loin…

Mozart se sert dans ses 34 lieder principalement de textes d’auteurs moins connus. Sa magnifique musique apporte une énorme valeur ajoutée aux textes innocents. Ou pour l’exprimer en ses termes : « Il faut absolument que la poésie soit la fille obéissante de la musique ».

Ce qu’entreprend Mozart avec le poème « Der Zauberer », dans lequel une jeune fille raconte sa manière de séduire, est brillant. A mesure que la tension émotionnelle augmente à la fin de chaque strophe, le débit vocal augmente de même et l’harmonie devient plus aventureuse. On voit directement que Mozart sait comment manier un texte.

En 1785, Mozart compose également « Die Zufriedenheit » et le lied moralisateur « Die betrogene Welt ». Mais le chef d’œuvre par excellence de cette période est sans conteste « Das Veilchen », sur un texte du grand poète Goethe. Comme à son habitude (même pour les grands poètes et librettistes, Mozart ne pouvait s’empêcher d’adapter les textes à la musique), Mozart ajoute lui-même, quelque peu impudemment, une ligne au poème : « Das arme Veilchen, es war em herzigs Veilchen ». Quoi qu’il en soit, Mozart fait preuve ici d’un raffinement et d’une profondeur émotionnelle sans précédent, et le sens profond du poème de Goethe ne semble pas lui échapper.

Une intense émotion se trouve également à la base de l’impressionnant « Abendempfindung » de 1787. Simplicité, fatalisme, accompagnement de piano suggestif, identification du narrateur… tous les ingrédients du lied de Schubert sont déjà présents ici. D’autres chefs-d’œuvre de la fructueuse année 1787 sont « Als Luise die Briefe », un récitatif d’opéra dramatique (contrastes criants et accompagnement de piano orchestral), et le charmant « An Chloe ».

Jan Vermeulen / luk Callens

8 octobre 2006